... plutôt couleur chair

   

Voici quelque ving-huit ans (serais-je le premier à "m'esbaudir" de ce fichu temps qui passe si vite?), un beau jour, Andrée et Pierre Delbos arrivent chez nous...
"Un certain Robert Doisneau" leur aura sans doute confié quelque chose de notre baroque et précaire existence, de mon travail... Nos tout nouveaux amis viennent avec un drôle de projet en tête : à haut risque... Pensez, une exposition ! A cette époque, rares sont ceux qui m'adressent d'aussi folles demandes. Débuts difficiles donc, et heureux : les deux à souhait... Personne ne vend grand-chose à quiconque, et pourtant- c'est à n'y rien comprendre - chacun est enchanté de l'autre. En ce printemps de 1973, nous sommes bien loin de savoir que nous venons d'embarquer pour un projet au long cours. Mais le fait est là - amical - qui perdure et s'enracine un peu mieux chaque année...
Visiblement, la peinture est le lieu de toutes les fidélités : fidélité à soi-même, à autrui, fidélité de la peinture à elle-même... Bref, que l'on retourne le mot en tout sens et ce sera quand même, toujours plus amoureux, toujours plus ouvert, un autre visage de cette même peinture que l'on redécouvrira chaque fois.
Voilà qui semble n'avoir qu'un mince rapport avec l'Histoire récente ! il est vrai que le siècle, passé depuis si peu, sera distingué par son inaptitude tenace au bonheur : étrange et dramatique inadéquation à toute joie. Qu'en sera-t-il du siècle qui s'ouvre?
Eh bien, nous peindrons, comme par devant, peu intéressés par le catalogue des illusions pessimistes ou optimistes (moroses ou roses, elle se valent), nous peindrons encore... Comme ça, pour le plaisir.
 

 Gilles Sacksick